Les TICE pour apprendre mieux et autrement
(Source: APLV »)
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La lettre de cadrage du Conseil National des Programmes à destination des groupes techniques disciplinaires (1999) et le rapport annuel de l'IGEN 2000 distinguent quatre grands types de contribution des technologies d'information et de communication à l'enseignement des disciplines:
- Elles font partie de la discipline à enseigner, comme en sciences et techniques industrielles, en bureautique, en informatique de gestion, éventuellement en mathématiques
- Elles permettent, dans l'enseignement de la discipline, l'accès à des méthodes ou des champs de connaissance auxquels on ne peut accéder par d'autres techniques.
- Elles représentent un outil de travail pour les élèves :
...recherche documentaire (ressources en ligne et hors ligne, dictionnaires, encyclopédies, cédéroms ou services culturels, etc.) ; auto-apprentissage (avec évaluation préalable, analyse de réponse, remédiation correspondant à une véritable analyse didactique) ; auto-évaluation ; production de documents, échanges par courrier électronique, production de sites sur la toile, etc...
- Elles permettent en classe, une modification de la relation pédagogique maître-élèves.
...ainsi, par exemple, la projection d'un document pour l'ensemble de la classe rend possible un travail collectif grâce à un logiciel approprié (traitement de texte, tab1eur, etc.) et permet une médiation dans la relation duelle maître-élève.
L'enquête faite par l'inspection générale durant l'année scolaire 1998-1999 (rapport annuel 2000) confirme l'importance de l'apport des TICE, et l'émergence des utilisations de l'internet (recherche documentaire, production de documents mis en ligne sur la toile) et de la messagerie électronique dans l'enseignement des disciplines. Ce rapport souligne en particulier le caractère remarquable de certaines réalisations de sites d'école, de collège ou de lycée.
Le rapport 2000 de l'lgen, en perspective de l'analyse de l'état actuel des utilisations des TIC dans l'enseignement, indiquait : "les évolutions technologiques, la croissance des équipements des établissements et des équipement personnels des élèves et de leurs parents, les modifications des emplois du temps et des rythmes scolaires, l'évolution de la réflexion didactique ouvriront la voie à des pratiques où la part de l'enseignement "frontal" perdra probablement sa place actuellement dominante. II demeure que l'analyse des situations observées dans notre enquête montre que, loin de s'effacer au profit d'un "face à face" élève-machine, l'enseignant est appelé à jouer un rôle, modifié certes, mais toujours déterminant, de médiateur de l'accès au savoir et à la formation "
L'un des objectifs du plan d'action gouvernemental pour l'entrée de la France dans la société de l'information vise à mettre les citoyens du XXIème siècle en position d'utiliser de façon rationnelle les TIC, à leur donner "la maîtrise des outils de communication qui leur seront indispensables".
Cependant (au contraire de certains pays étrangers) l'informatique et le traitement de l'information ne sont pas actuellement, à l'école, au collège ou au lycée, l'objet d'un enseignement spécifique. La place d'un enseignement d'informatique proprement dite (et non la simple formation à l'utilisation de l'ordinateur) a connu, au fil des années, des avatars divers : préconisation, puis suppression de l'utilisation du langage de programmation Logo à l'école primaire, création puis suppression d'une option informatique au lycée... La question que se pose le système éducatif, face à tout domaine universitaire ou tout champ d'enseignement nouveau (technologie, éducation civique juridique et sociale, informatique...) est : qu'est-ce qu'une discipline d'enseignement, quels sont les critères qui font que, à chaque instant de l'histoire, une nation décide que tel champ d'enseignement fait partie de la formation des élèves ? Dans un discours récent (22 novembre 2000), le ministre de l'éducation nationale souhaitait, sans trancher la question, que la réflexion sur la place de l'informatique et de l'algorithmique dans l'enseignement soit reprise : "Faut-il enseigner l'informatique ?... Je m'interroge vraiment sur la façon d'introduire cet apprentissage dans l'éducation : faut-il le faire sous forme d'une discipline en tant que telle, ou bien faut-il un ajout aux programmes de mathématiques ?", indiquait le ministre.
Actuellement, les dispositions en vigueur considèrent que l'apprentissage d'un certain nombre de savoir faire, de compétences, et de quelques connaissances relatives au traitement de l'information a lieu au cours de l'enseignement des diverses disciplines.
Ainsi, à l'école et au collège, le brevet informatique et internet récemment créé recense des compétences, savoir faire, et quelques connaissances, dont la maîtrise par l'élève est constatée par les professeurs de toutes les disciplines par des validations en cours de formation.
Rendre intelligibles les moyens et systèmes informatisés, faire disparaître certaines conceptions magiques que l'on peut avoir face au traitement de l'information, rendre perceptibles les méthodes de traitement et leurs limites, permettre à chacun une utilisation raisonnée et critique de l'ordinateur reste, sans doute, l'un des défis posés au système éducatif.
Les évolutions rapides de nos pratiques pédagogiques ne peuvent s'envisager sans y associer une réflexion sur l'organisation de l'école elle-même.
En effet, si le phénomène 'réseaux' est d'abord apparu comme une réponse à des problèmes posés au plan matériel (partage de périphériques, partage d'applications ou de données...) ,il provoque peu à peu des usages qui ébranlent beaucoup plus profondément l'école qu'on ne le croit. Internet, par ailleurs, induit également non seulement des usages mais des comportements nouveaux et des changements d'échelle déterminants. La combinaison des deux, si on la rapproche des développements à venir de matériels 'nomades' intégrant téléphone mobile, calculatrice et organiseur, remet subrepticement en cause l'organisation même de l'école.
LES RESEAUX LOCAUX
Ils sont encore diversement présents dans les collèges et lycées, mais certains établissements connaissent depuis plusieurs années déjà, grâce aux efforts conjugués des collectivités territoriales et de l'éducation nationale, le développement de réseaux de dizaines voire de centaines d'ordinateurs, répartis entre les bureaux de l'administration, les salles banalisées ou spécialisées, le centre de documentation et d'information et ses salles de travail satellite, la salle des professeurs etc... ; les usages et les usagers de ce qui devient aujourd'hui un véritable intranet d'établissement se multiplient:
- Avec le souci d'améliorer la circulation de l'information interne, l'établissement produit désormais de nombreuses informations numérisés: la description d'événements locaux présentés sur des panneaux d'affichages électroniques répartis, des relevés d'absences automatisés, la présence à la demi-pension ou l'emprunt de livres relevés grâce aux cartes à puce des élèves, des bulletins scolaires informatisés par saisie des notes et des appréciations sur ordinateur. Ces données existaient déjà mais sur divers supports papier. Leur numérisation va en modifier non seulement l'accès mais aussi l'usage.
- Avec la disponibilité d'un système de messagerie interne où chaque membre de la collectivité éducative dispose d'une boîte à lettres personnelle, la communication entre professeurs et administration, entre professeurs entre eux, entre professeurs et élèves, entre élèves s'enrichit d'échanges a-synchrones qui prolongent les échanges directs sans avoir la lourdeur d'envois de photocopies et de courriers papier, et sans obliger à attendre un rendez-vous ultérieur lié à un temps de présence commun dans l'établissement.
- Avec des ordinateurs répartis, l'élève retrouve sur tout poste du réseau son espace de travail et y poursuit une tâche commencée en cours il retrouve inversement dans la salle de classe, avec l'enseignant, les séquences travaillées individuellement par exemple au laboratoire de langues, ou les documents recueillis lors d'une recherche au CDI. On assiste à une nouvelle forme de perméabilité entre les temps 'en classe' et les temps dans l'établissement mais 'hors classe'
- Avec l'accès à des espaces communs du serveur, se développe la mutualisation des données (recueil de résultats d'expériences de physique sur plusieurs classes...), et la mutualisation des compétences tant au sein d'une équipe d'élèves (création d'un journal scolaire, d'un cédérom, d'un site, d'un objet produit en atelier) que dans une équipe d'enseignants (création de banques d'exercices, de TP). Dans le domaine purement pédagogique également, l'établissement numérise ses productions.
Ainsi, le réseau local bouscule l'organisation de la classe vue comme un groupe présent avec son (ses) professeur(s) à des heures fixées définitivement pour l'année: la même tâche, le même échange se poursuivent à l'intérieur de l'établissement à travers le réseau local, sur les mêmes supports de cours, voire sur ceux des enseignants d'autres classes, mais hors des heures officielles marquées à l'emploi du temps.
MAIS IL Y A PLUS : LES RÉSEAUX DISTANTS
Ils font entrer le monde extérieur dans l'établissement et, dans le même temps, exposent l'établissement à la vue de l'extérieur.
L'exploitation en classe d'émissions de télévision en langue étrangère, reçues souvent en direct par satellite, était déjà un exemple d'intégration (difficile !) de données extérieures dans le cours, données authentiques mais non pensées à des fins d'enseignement.
Internet augmente considérablement la perméabilité de l'établissement scolaire avec son environnement, bien au-delà de ce que produisaient les activités antérieures de recherche documentaire effectuées à travers les enquêtes et les visites de musées et de bibliothèques, ou les correspondances scolaires établies par courrier, télécopie ou vidéo
- l'accès à des ressources professionnelles en temps réel procure à la classe des données brutes (ex : sites d'hôpitaux, de services sociaux pour les sections SMS, données industrielles) indispensables certes mais sur lesquelles toute la formation reste à construire,
- l'échange avec des entreprises ou avec d'autres établissements dans des situations de conception ou de production confronte la classe à des contraintes extérieures, gages de réalisme mais peu en phase avec le rythme ou les structures scolaires,
- l'accès à d'autres sources d'informations et à d'autres professeurs, y compris étrangers, oblige à comparer et à relativiser différentes approches d'un même thème,
- sans parler de l'intrusion de données dont on ignore la validité, l'organisation voire la provenance réelle.
Tous ces phénomènes viennent heurter l'idée d'un lieu d'éducation spécifique, organisé pour l'étude selon des structures de disciplines, de classes, d'horaires telles que nous les connaissons.
RÉSEAU LOCAL ET RESEAUX DISTANTS
La combinaison des deux phénomènes, c'est à dire la mise en place dans les établissements scolaires d'intranets ouverts en permanence sur internet, et bientôt accessibles depuis des objets nomades que les élèves auront sur eux en permanence, crée un contexte totalement nouveau qui peut devenir soit un risque soit une opportunité pour l'école:
En effet, via le réseau interne de l'établissement accessible de l'extérieur, un lien neuf va s'établir avec l'élève qu'il soit dans l'établissement ou non, comme avec sa famille : l'école pourra fournir des informations générales ou personnelles, un suivi des notes, les bulletins scolaires, le carnet de correspondance ; pourquoi ne lui demanderait-on pas bientôt de pouvoir à tout moment, apporter une aide en ligne, des corrections individualisées, des conseils personnalisés ?
L'unité de lieu liée à la présence des élèves et des professeurs dans l'établissement scolaire perd - ou semble perdre - sa raison d'être. L'unité de temps propre au face à face professeur-élève est remise en question peu à peu. Quant à l'unité d'action - proposer les mêmes tâches à tous- elle est depuis longtemps rejetée tant par les instructions officielles qui prônent la liberté pédagogique, les projets et les aides individualisées, que par les élèves et leurs familles qui souhaitent une personnalisation des parcours, ainsi que des prises en charge adaptées à travers les jeux d'options, les dispositifs de soutien ou les travaux de groupes.
Cette école, sans les trois unités qui l'ont fondée, comment la voulons-nous?
Les actions de modernisation et d'intégration de technologies de l'information et de la communication se poursuivront ; nous devrons simultanément repenser l'exercice du métier d'enseignant, le temps scolaire, l'organisation de l'espace (question brûlante pour les collectivités locales présentes) tout comme la place du secteur marchand prêt à proposer des réponses nouvelles à des demandes émergentes. Nous nous acheminerons ainsi vers ce qu'un récent rapport de l'inspection générale évoque sous le nom "d'enseignement hybride" aux prémices déjà perceptibles. Mais il ne faudrait pas oublier de réaffirmer avec d'autant plus de force la fonction irremplaçable de la première des interactions, celle du dialogue singulier entre l'élève et le maître chargé par la société d'une mission d'instruction, comme le rôle essentiel de l'école, lieu d'éducation et de socialisation.
Ainsi, nous voilà passés insensiblement de questions d'organisation à une réflexion sur nos missions ; il paraît aujourd'hui essentiel, en effet, de s'attacher à anticiper et à comprendre les effets induits par les évolutions techniques afin de repenser les principes fondateurs mêmes de l'école.
L'INSTRUCTION ENTRE INFORMATION ET COMMUNICATION
RELATION ENTRE L'USAGER ET SA MACHINE
La communication avec la machine inclut une autre spécificité. En effet, il s'agit de déterminer une réponse à partir d'une requête. Il faudra donc développer une véritable culture de la requête. C'est à dire de ce qu'on demande à la machine. Les conditions de pertinence de la requête impliquent une maîtrise qui, elle-même, appelle une pédagogie propre. Mais il ne faut pas confondre la capacité à obtenir une réponse avec l'aptitude à savoir poser un problème. En effet, la requête porte le plus souvent sur des items séparés : par exemple à l'intérieur d'un texte en ligne sur la recherche des occurrences d'un terme ou d'un groupe de termes ou bien encore sur la toile par l'accès à un site dont on connaît l'adresse plutôt que le contenu. Cela détermine une approche de type analytique. A cet égard, la procédure de la requête ne se confond pas avec la position d'un problème qui implique une capacité de synthèse. Littré définit ainsi le problème: "Terme de mathématique. Toute question où l'on indique le résultat que l'on veut obtenir et où l'on demande les moyens d'y parvenir ou bien l'on indique les moyens et l'on demande le résultat. Ou bien proposition douteuse qui peut recevoir plusieurs solutions (problème de métaphysique, de morale)". Les deux sens du terme de problème signifient que poser un problème et le poser bien impliquent, quand le terme est pris au sens mathématique, une articulation réglée et construite entre les moyens et la fin ; et quand il s'agit d'un sens plus général, une sorte d'indécidabilité qui engage au débat et à l'opposition des thèses. Le caractère quasi immédiat de la réponse à la requête masque les opérations et les médiations et, pour tout dire, la patience d'un travail.
LES RELATIONS DES USAGERS ENTRE EUX PAR LE MOYEN DE L'OUTIL INFORMATIQUE.
L'Ecole doit fournir les moyens de lutter contre ces différences en fournissant à chacun ce qu'on pourrait nommer les conditions nécessaires et suffisantes, les mêmes pour tous, de bénéficier de l'outil informatique pour sa propre instruction. D'autre part, il faut bien reconnaître que la toile fournit un puissant principe d'homogénéisation culturelle. Pour prendre un exemple qui touche un domaine certes illégal mais très exploré par les jeunes gens, le téléchargement de morceaux de musique via internet en format MP3, la base dont ils vont extraire le morceau, est constituée de l'ensemble des morceaux déjà téléchargés par d'autres utilisateurs. Le réseau ainsi constitué offre un état instantané des goûts musicaux du plus grand nombre et, par son fonctionnement même, tend à le reproduire.
Il me semble cependant qu'il importe ici de s'interroger sur le statut général de l'informatique. La question pourrait en effet être : s'agit-il d'un outil ou d'un système d'outils à mettre en oeuvre par des utilisateurs capables d'en normer les fonctions et d'en mesurer l'efficace ? A titre d'instrument, l'informatique a sa place à l'école. Il faut expérimenter, valider, anticiper. Nous pouvons appeler cette informatique l'informatique "de" l'école. Comme cette école est une institution qui n'existe que parce qu'on décide qu'elle doit exister et que cette décision est, dans le sens le plus noble du terme, politique, on voit bien que l'intégration d'un outil à l'école, au risque même d'en modifier les structures traditionnelles, n'a de sens que dans la mesure où elle sert à instruire les élèves et à instituer les citoyens. A titre d'outil, il est donc indispensable que se développe un savoir technologique répondant aux deux questions : à quoi ça sert ? et : comment ça marche ?
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